N.B. Comme pour l'article Art islamique et les articles liés, le mot « islamique » est à prendre dans un sens géographique et culturel, équivalent à « des pays d'islam ». Si la langue scientifique commune était l'arabe, il y eut aussi des savants persans ainsi que des savants non musulmans.
Les sciences et techniques islamiques se sont développées au Moyen Âge, dans le contexte politico-religieux de l'expansion arabo-musulmane. Le monde arabo-musulman est à son apogée du VIIIe siècle au XIVe siècle : on parle d'âge d'or de la science arabe.
Cette culture scientifique a pris son essor à Damas sous les derniers Omeyyades, puis à Bagdad sous les premiers Abbassides. Elle débute par une appropriation du savoir avec une traduction massive des ouvrages de l'Antiquité en physique, mathématique, astronomie ou encore médecine, traductions qui concourreront à la genèse d'une culture arabe « classique » sans égale au moyen âge.
Dans ce contexte, la langue arabe, langue du corpus sacré de l'Islam, jouera un rôle essentiel comme outil et véhicule de cette culture qui n'est déjà plus une simple transmission de la pensée grecque car elle comporte de nombreuses innovations.
La situation de carrefour de l'Empire arabe explique également en partie les influences indiennes voir chinoises.
Si les acquis sont incontestables dans de nombreux domaines, les arabo-musulmans cultiverons l'hermétisme avec l'alchimie ou l'astrologie et conserveront également le géocentrisme de Ptolémée.
1. Historique
1.1. Contexte général
Pour le contexte historique, voir les articles suivants :
L'histoire des sciences retient cinq grandes périodes :
- La période grecque (avant Jésus-Christ)
- La période romaine (les quatre premiers siècles de notre ère)
- Le Moyen Âge (500-1500)
- Les Temps modernes (1500-1800)
- Les révolutions industrielles (1800-2000)
Les mots en relation avec les sciences et les techniques, d'origine arabe : alcali, algèbre, alchimie, alcool, Aldébaran, Altaïr, alambic, algorithme, almanach, zénith, rame (papier), zéro, sirop, etc.
1.2. Les causes du développement des sciences dans le monde arabo-musulman


Al-Jazari, livre du XIIIe siècle, Bibliothèque Süleymaniye, Istanbul.
- L'extension du monde arabo-musulman a mis en contact des civilisations brillantes : l'empire arabe, construit à partir du VIIe siècle, a pris le contrôle des territoires anciennement hellénisés (Alexandrie d'Egypte par exemple). Les savants musulmans ont donc pu consulter les ouvrages scientifiques de l'antiquité. Au VIIe siècle, les Arabes détruisent l'empire sassanide et s'approprient le savoir de l'ancienne Perse.
- Les conquérants arabes se sont trouvés en contact avec la civilisation indienne, à l'est. Ils ont aussi rencontré les Chinois pendant le règne du premier abbasside Abû al-`Abbâs à la victoire de Talas. Cette victoire a été l'occasion d'acquérir un certain nombre de techniques chinoises dont celle de la fabrication du papier. Le papier a rapidement remplacé le parchemin dans le monde musulman : des manufactures furent créées à Samarkand, Bagdad, Damas et au Caire.
- Les dirigeants musulmans ont encouragé la recherche scientifique et la diffusion du savoir : Harun ar-Rachid (calife de 786 à 809) imposa l'usage du papier dans toutes les administrations de l'empire. Sous l'administration de ses vizirs barmécides, Bagdad devint la capitale intellectuelle de son époque. Des écoles et des bibliothèques furent construites. Les tout premiers hôpitaux (qui traitaient aussi bien les problèmes physiques que psychologiques) ouvrent. Dans ces hôpitaux on pratique pour la première fois les méthodes d'anesthésie (une éponge saturée d'opium, de mandragore et d'autres substances soporifiques), on y découvre le fonctionnement de la circulation pulmonaire et de la circulation sanguine, la dissection été également pratiquée. C'est ainsi que des aspects anatomiques incompris des médecins grecs anciens sont découverts. La traduction des textes latins et grecs fut encouragée et les savants venaient à Bagdad et de toutes les régions de l'empire. Al-Mamun, calife de 813 à 833, avait réuni à Bagdad des savants de toutes les croyances, qu'il traitait avec la plus complète tolérance. Féru d'astronomie, il crée en 829, dans le quartier le plus élevé de Bagdad, près de la porte Chammassiya, le premier observatoire permanent au monde, l'Observatoire de Bagdad, permettant à ses astronomes, qui avaient traduit le Traité d'astronomie du grec Hipparque, ainsi que son catalogue d'étoiles, de surveiller méthodiquement le mouvement des planètes. En 832 fut fondée la Maison de la sagesse (Baït al-hikma).
Abu Raihan al-Biruni a réussi à calculer le diamètre de la Terre, et affirma même la possibilité selon laquelle la Terre tournerait sur elle même, et ça bien avant Galilée.
- La langue arabe, commune à tout l'empire, a également été un facteur déterminant dans la diffusion des connaissances et de l'élan scientifique.
1.3. Les principaux centres culturels et scientifiques du monde musulman au Moyen Âge


Site de l'observatoire astronomique d'Ulugh Beg à Samarcande.
- Civilisation islamique en al-Andalus
- Saragosse (Espagne)
- Tolède (Espagne)
- Cordoue (Espagne), capitale du califat de Cordoue jusqu'en 1039, elle fut un grand centre d'études au Moyen Âge. C'est à Cordoue qu'est né Averroès
- Fès (Maroc)
- Marrakech (Maroc), fondée en 1062
- Béjaïa (Algérie)
- Kairouan (Tunisie)
- Le Caire (Égypte)
- Damas (Syrie) : capitale de la dynastie omeyyade,
- Bagdad (Irak) : capitale de la dynastie abbasside, Bagdad fut pendant longtemps un centre intellectuel de première importante. La maison de la sagesse était une institution destinée à développer l'enseignement et la recherche. Elle a été fondée sur le modèle de l'académie perse des frères Bana Musa, al-Kindi. La traduction d'ouvrages grecs était l'une des principales activités de la maison de la Sagesse. Cette dernière commença à décliner sous le califat de Jafar al-Mutawakkil (847-862).
- Maragha (Iran), près de Tabriz : Hülegü, petit-fils de Gengis Khan, y fit construire en 1259 un observatoire où travailla l'astronome Nasir ad-Din at-Tusi
- Rayy (Iran), l'actuelle Téhéran : école de médecine
- Shiraz (Iran)
- Ispahan (Iran) : le mathématicien, astronome et poète persan Omar Khayyam (1048-1131) y séjourna de 1074 à 1092, au service du sultan seldjoukide Malik Shah Ier, et réforma le calendrier persan. Le "prince des médecins" Avicenne (980-1037), également persan, y résida à la fin de sa vie, au service des émirs bouyides.
- Samarcande (Ouzbékistan) : célèbre pour son observatoire, fondé par le prince timouride Oulough Beg (1394-1449) qui y travailla avec Al-Kachi, Qadi-zadeh Roumi et Ali Quchtchi ; Omar Khayyam y séjourna de 1072 à 1074.
1.4. Époque moderne
Voir l'article : sciences et techniques dans l'Empire ottoman.