De nos jours, la science (du latin scientia, connaissance) désigne à la fois une démarche intellectuelle particulière, et l'ensemble organisé des connaissances qui en découlent. Cette démarche repose idéalement sur un refus des dogmes et un examen raisonné et méthodique du monde et de ses nécessités. Elle vise à produire des connaissances résistant aux critiques rationnelles, ainsi qu'à développer nos moyens d'action sur le monde.
La science relève historiquement de l'activité philosophique et fut pendant longtemps un exercice spéculatif visant à élucider les mystères du monde par l'exercice de la raison. À la fin du Moyen Âge, la science s'est progressivement détachée de l'emprise de la théologie et de la philosophie. Au cours de son histoire, elle s'est structurée en disciplines scientifiques : mathématiques, chimie, biologie, physique, mécanique, optique, astronomie, économie, sociologie, etc.
L'idée qu'il soit simplement possible de la définir est loin de faire l'unanimité. Il faut donc prendre avec la plus grande prudence cette sorte d'exercice. Alan Chalmers, après avoir examiné les principales théories de la science du XXe siècle, écrit « qu'il n'existe pas de conception éternelle et universelle de la science […] Rien ne nous autorise à intégrer ou à rejeter des connaissances en raison d'une conformité avec un quelconque critère donné de scientificité » (Chalmers 1987, p. 267). Après avoir également constaté qu'aucun des critères de démarcation suggéré par les épistémologues du XXe siècle n'a arraché l'assentiment général, Robert Nadeau écrit pour sa part qu'on « ne peut apparemment formuler un critère qui exclut tout ce qu'on veut exclure, et conserve tout ce qu'on veut conserver » (Nadeau 1999, p. 126), tandis qu'André Pichot reconnaît dès l'introduction de la naissance de la science qu'il est « probablement utopique de vouloir [en] donner une définition a priorii » (Pichot 1991, p. 7).
La définition proposée ci-dessus n'échappe évidemment pas à ce constat. Ainsi, non seulement un certain dogmatisme n'est-il pas absent de la démarche scientifique, mais il participe à sa bonne marche. Les références à la raison et à la méthode sont également très discutables, lorsque l'on examine les pratiques concrètes des chercheurs. L'idée même d'une production de connaissance est problématique : nombre de domaines reconnus comme scientifiques n'ont pas pour objet la production de connaissances, mais celle d'instruments, de machines, de dispositifs techniques.
Pour autant, cela ne signifie pas nécessairement, comme l'écrit Paul Feyerabend, que « la science est beaucoup plus proche du mythe qu'une philosophie scientifique n'est prête à l'admettre » (Feyerabend 1979, p. 332). Un sociologue comme Raymond Boudon s'appuie ainsi sur la notion d'airs de famille pour critiquer l'idée que l'absence de définitions claires de la science déboucherait nécessairement sur la négation de toute spécificité de la science, c'est à dire finalement sur une forme de relativisme : « [Les] conclusions relativistes ne tiennent que grâce à l'a priori selon lequel à tout sentiment de distinction doit correspondre une distinction soit objective, soit sociale. En revanche, elles disparaissent lorsque l'on admet que les notions de « progrès », d'« objectivité », de « vérité », de « science » […] se matérialise[nt] de mille façons entre lesquelles il y a seulement des airs de familles » (Boudon 1990, p. 359). Dans le même ordre idée, Robert Nadeau souligne, après avoir expliqué l'impossibilité de définir des critères de démarcation satisfaisants, que « tous [les épistémologues] s'entendent pour dire qu'il existe bel et bien telle choses que des énoncés (ou des activités) scientifiques […]. Ce qui semble indiquer, ajoute-t-il, que le problème de la démarcation est bien réel et que pour l'épistémologie tout au moins, il demeure entier » (Nadeau 1999, p. 126). Mais il n'en reste pas moins, comme l'écrit Dominique Pestre, que « ce que nous mettons sous le vocable « science » n'est en rien un objet circonscrit et stable dans le temps qu'il s'agirait de simplement décrire » (Pestre 2006, p. 104). Du moins, une telle position serait aujourd'hui difficile à défendre parmi les spécialistes de la science.
C'est pourtant une telle représentation de la science qui circule parmi le grand public, le plus souvent accompagnée de quelques autres lieux communs, que l'on retrouve en particulier dans l'enseignement scolaire. Robert Nadeau, en s'appuyant sur une étude réalisée en 1984, considérait déjà, en 1986, que la culture scolaire est « constituée de clichés épistémologiques » qui formeraient ensemble « une sorte de mythologie des temps nouveaux » qui ne serait pas sans rapport avec une sorte de scientisme (Nadeau 1986).
Ces représentations courantes de la science sont étudiées par des chercheurs en sciences de l'éducation. On pourra citer parmi eux Norman G. Lederman, Yvonne Meichtry ou William F. McComas. Ce dernier, en compulsant une série de manuels scientifiques américains destinés aux lycéens, identifie une dizaine de « mythes » scientifiques (McComas 1998), à commencer par l'idée que les lois, et plus généralement les connaissances scientifiques, sont des vérités absolues et dernières, et que les preuves scientifiques sont non moins absolues et définitives. Une telle conception de la science est couramment véhiculée par les médias, en particulier la télévision. Harry Collins écrit ainsi que : « On TV, science is presented as a generator of certainty, when it is properly conducted. Uncertainties and ambiguities are the result of incompetence of the scientists, or inadequacy of the apparatus, or of the limited tests conducted so far. Residual uncertainties will be eliminated by future tests » (Collins 1987, p. 709). On doit cependant relever, comme le note S. Holly Stocking, professeur de journalisme à l'université d'Indiana et ancienne journaliste du Los Angeles Times, que ce type de discours a son pendant, et que l'on reproche aux journalistes tant leur excès de confiance que leur méfiance excessive. Le mythe de la science incarnant la vérité va ainsi de pair avec l'idée non moins mythique d'une connaissance scientifique toujours provisoire et instable. Mais aucune de ces conceptions n'est partagée par les spécialistes de la science, à l'exception de quelques scientistes ou relativistes radicaux finalement très minoritaires.
McComas repère également le mythe de la science comme application d'une méthode scientifique générale et universelle. Il cite les travaux de plusieurs historiens, sociologues ou enseignants dont les travaux montrent la faiblesse de cette idée reçue, mais il est également possible de s'appuyer sur les propos du grand physicien Murray Gell-Mann, qui rappelle qu'en « pratique, l'entreprise scientifique ne se conforme pas exactement à un quelconque modèle précis dictant les règles de sa conduite » (Gell-Mann 1997, p. 99). Autre lieu commun (toujours selon McComas), cette méthode scientifique consisterait en l'application de procédures codifiées, en une sorte de démarche algorithmique ne laissant que peu de place à la créativité, à l'imagination ou à l'intuition, voire pas du tout. Les travaux de Gerald Holton, entre autres, montrent qu'il n'en est rien (Holton 1998). Toujours dans le registre méthodologique, McComas signale la confusion courante entre science et expérimentation, ce que Robert Nadeau nomme l' expérimentalisme étroit (Nadeau 1986) : il n'y aurait de science qu'expérimentale. Là encore, chacune de ces idées reçue est l'objet de très vives critiques par la plupart des spécialistes.
D'autres lieux communs sont également signalés, comme l'idée que le progrès de la science repose sur le génie de quelques héros solitaires, la confusion entretenue entre science et technologie, ou encore l'idéalisation du processus de délibération au sein de la communauté scientifique, d'où toute passion et tout intérêt seraient exclus. À l'énumération de McComas peut également être ajouté le mythe de la mathématisation (ou de la formalisation) comme critère de scientificité, celui d'une science se résumant à la recherche des lois de la nature, celui de la pure objectivité des scientifiques, celui d'une science toute entière tournée vers le bienfait du genre humain, ou encore celui de la science pure.
La communauté scientifique n'est pas épargnée par les idées reçues. Louis Althusser, qui a produit un cours sur cette question, explique que « tout scientifique est affecté d'une idéologie ou d'une philosophie scientifique » (Althusser 1967, p. 76) qu'il appelle Philosophie Spontanée des Savants (et qu'il abrège en PSS). Cette PSS, qui selon Althusser « fonctionne en silence » (Althusser 1967, p. 76), présenterait un « contenu […] contradictoire » (Althusser 1967, p. 100) composé de l'association de convictions matérialistes et objectivistes et de croyances idéalistes (Althusser 1967, p. 100-101). À la suite d'Althusser, l'idée d'une philosophie spontanée des savants a été reprise par d'autres auteurs, sans que soit toujours conservé le sens que lui accordait le philosophe marxiste. Dominique Pestre l'oppose ainsi à l'idée que l'essentiel de ce qui concerne la science se passe « dans l'univers clos des laboratoires » (Pestre 2006, p. 94). Il peut s'agir également de l'idée d'une certaine pureté effective ou désirable de la science, qui serait, ou devrait être détachée des contingences de ce monde. Plus généralement, cette notion de philosophie spontanée des savants signale moins la croyance en un ensemble de mythes dénués de fondement que l'adhésion non questionnée à certaines intuitions métaphysiques ou philosophiques, tenues alors pour évidentes, cependant qu'elles sont au cœur d'après discussions parmi les philosophes. Mais comme l'écrit Harry Collins, lui-même physicien de formation, la réflexivité, le retour philosophique sur soi-même et sur ses pratiques, n'est pas plus utile au chercheur que la grammaire générative ne l'était à Shakespeare.
Pour dépasser les idées reçues et les philosophies spontanées, et commencer à comprendre ce qu'est la science, il faut s'adresser aux auteurs — philosophes, méthodologues, épistémologues, sociologues, anthropologues, psychologues, économistes, etc. — qui ont cherché à penser la science depuis Platon et Aristote. En près de 2 500 ans de réflexions sur la science, le sens de ce mot a évolué, les pratiques qu'il recouvre également, ainsi que les méthodes visant la science elle-même a évolué, ainsi que les méthodes visant à en saisir le sens.
Le XXe siècle a marqué un tournant radical. Très schématiquement, aux premières réflexions purement philosophiques et souvent normatives sont venus s'ajouter des réflexions plus sociologiques et psychologiques, puis à des approches sociologiques et anthropologiques plus audacieuses dans les années 1980, puis enfin à des approches fondamentalement hétérogènes à partir des années 1990 avec les Science Studies, qui mêlent diverses disciplines pour comprendre la science, de la philosophie à l'économie en passant par l'anthropologie et la psychologie. Dans le même temps, le regard des analystes de la science se déporte progressivement des grands récits pour aller s'intéresser aux détails de la science en action. Il s'agit d'une sorte d'immanentisme de la conception de la science : elle n'est plus considérée aujourd'hui comme une entité éthérée. La science est prise aujourd'hui dans toute sa complexité, et dans son intrication avec le cognitif, le social, l'institutionnel. Il s'agit aussi d'une acceptation de sa complexité. Ce mouvement ne s'est pas fait sans grandes controverses, en particulier autour des questions du relativisme. Il semblerait aujourd'hui que les esprits s'apaisent, et certains auteurs s'attachent à faire converger les différentes approches, de la philosophie à la sociologie en passant par l'économie.
Pendant longtemps, la science était conçue comme un corpus de connaissances et de méthodes, objet d'étude de la philosophie des sciences. La science est alors ordonnée et désincarnée.

Henri Poincaré, grand philosophe et grand scientifique.
Sans remonter jusqu'à Aristote, on peut commencer avec les philosophes comme Roger et Francis Bacon, Descartes, les empiristes, puis un peu plus tard Mach, Poincaré, Duhem, Bachelard, le cercle de Vienne, puis Popper, Quine, Lakatos. Les œuvres successives de ces savants et philosophes (parfois les deux), vont progressivement troubler l'image de la science. La plupart cependant en restait à une conception de la science comme corpus de connaissance, éloigné de la société. La science est l'objet de la philosophie.
Les analyses de la science (on parle parfois de métasciences) ont tout d'abord porté sur la science comme corpus de connaissance, et ont longtemps relevé de la philosophie et de l'épistémologie (l'analyse de chaque discipline particulière relevant des épistémologies régionales). Il s'agissait des prémices de la philosophie des sciences, au XIXe siècle.
Considéré comme un corpus de connaissance, l'étude de la science relève de l'épistémologie et de la philosophie des sciences.
Contexte de justification et contexte de découverte, la philosophie des sciences et l'épistémologie ne se préoccupent traditionnellement que du contexte de justification. C'est là que se logerait la spécificité du discours scientifique.
Les approches philosophiques sont souvent normatives : il s'agit de définir les critères permettant de distinguer la bonne science de la mauvaise, la science des non-sciences et des pseudosciences. Une part importante de ces réflexions relèvent en effet de la méthodologie, et émanent par ailleurs souvent d'acteurs importants de la scène scientifique. Il s'agit de comprendre en quoi consiste la méthode scientifique.
Les premières spéculations philosophiques visant à élucider le problème de la connaissance remontent à l'antiquité grecque, et furent en particulier développées par Aristote. Les grands schémas de pensée qui y furent développés n'ont en rien perdu leur actualité, et nous retrouvons aujourd'hui des oppositions pensées il y a plus de deux millénaires.
La science comme épistème s'oppose à la doxa, à l'opinion, au sens commun. Une telle conception se retrouve en particulier chez Bachelard. Elle n'est cependant pas partagée par tous. Duhem fait une place au sens commun, et ne voit pas de rupture fondamentale avec la science. Aujourd'hui, l'idée d'une rupture entre la science et l'opinion est l'objet de critiques, qui en particulier montre les limites de cette idée en l'historicisant (cf. Bernadette Bensaude).
La science serait comme l'application de la raison à l'exploration du monde qui nous entoure.
La science ne fonctionne pas par méthode déductive pure. Une série d'expériences ne validerait en effet des résultats qu'effectués à une date et en un endroit particulier, sans possibilité logique de les généraliser. Bertrand Russell mentionne dans son ouvrage (Science et religion, chapitre La science est-elle superstitieuse ?) ce qu'il nomme le « scandale de l'induction », et qu'il voit comme un mal nécessaire.
La science avance par théorisation, mais aussi par modélisation. La notion de modèle est très importante. Si la notion de théorie est depuis longtemps centrale en philosophie des sciences, il a fallu attendre le milieu du XXe siècle pour qu'elle se saisisse de la notion de modèle.
Les philosophes, comme les méthodologues, visent en particulier à distinguer science et non-science, à définir des critères (on pourra évoquer la tentation positiviste et la science comme langage).
Il s'agit de trouver le moyen de distinguer clairement science et pseudoscience. Les propositions de critères sont innombrables.
Un exemple méconnu : l'opérationnalité proposé par Jean Ladrière (Universalis). On doit également signaler le courant conventionnaliste.
L'échec du projet fondationnaliste : ce projet visait à établir des critères clairs permettant de s'assurer de la vérité d'une proposition, et en particulier d'une loi causale ou statistique : « on peut dire qu'en ce qui concerne les sciences empiriques tout au moins, le projet fondationnaliste a échoué : il n'a pas réussi à montrer comment pouvait être fondée la relation, d'abord entre expérience immédiate et énoncé d'observation, ensuite entre terme observationnel et terme théorique, enfin entre énoncé singulier et énoncé universel ou probabiliste. » (Nadeau 1999, p. 272). Cet échec, qui est en particulier celui des tentatives visant à résoudre le problème de l'induction, ruine l'espoir de faire tenir la notion de « science » dans la définition de sa méthode.
Le falsificationnisme : Chalmers expose les limites de la solution apportée par Popper au problème de la démarcation entre science et non-science, qui est bien loin d'avoir l'universalité qui lui est généralement accordée. Chalmers prend soin de préciser qu'il n'est pas vrai que « tout point de vue soit aussi bon qu'un autre », dénonçant ainsi le relativisme. Mais il n'en fait pas moins ce constat : il n'existe pas de critères de scientificité universellement valables.
Il faut aussi évoquer le débat entre réalisme et anti-réalisme. Où l'on peut reparler des réflexions de certains savants qui, comme Weinberg, adhère sans réserve au réalisme métaphysique.
Il s'agit bien sûr de cette forme de réalisme métaphysique naïf pointé par Althusser.
Les travaux de Kuhn vont marquer une rupture fondamentale en philosophie, en histoire et en sociologie des sciences. Il va développer l'historicité de la la science et rejeter une conception momifiée de la science ([lang-engHacking] cité dans Soler p. 965), ainsi que plus généralement le cadre de pensée que partageaient, malgré toutes leurs différences, les héritiers de Popper et de Carnap.
Les difficultés à cerner la science peuvent déboucher sur certaines formes de relativisme, dont le fameux anarchisme épistémologique. Devant les difficultés soulevées par le problème de la démarcation, le relativisme apparaît comme une solution radicale. Si la distinction entre le scientifique et le non scientifique est si difficile à saisir, c'est qu'elle n'a aucune existence en soi. Il est toujours loisible de tracer des frontières entre science et non-science, mais elles restent toujours contingentes, relative à une époque et un lieu particulier. Il n'y a pas vraiment de corpus (d'où le point d'interrogation du titre de ce paragraphe).
Au cours du XXe siècle, la sociologie a commencé à saisir la science sous l'angle institutionnel. Dans les années 1960 et 1970, une grande part de ces études s'inscrivait dans le courant structuraliste, duquel il s'est détaché au cours des années 1980 et 1990.
Depuis le début des années 1980, les sciences sociales cherchent à dépasser l'étude de l'institution science pour aborder l'analyse du contenu scientifique.
La sociologie des sciences aborde la science comme phénomène social, comme une institution sociale.
Longtemps abandonnée aux épistémologues et aux philosophes, la science a commencé à être l'objet de l'attention des sociologues au milieu du XXe siècle, avec les travaux fondateurs de Robert K. Merton, qui décrit la science comme un système normé (normes qui peuvent être inscrites, par exemple, dans le système d'évaluation par les pairs). Avec lui, la sociologie commence donc à s'intéresser à la science, non en tant que corpus de connaissance, mais en tant que communauté sociale.
La science est également en interaction avec la société. Ces relations entre science et société sont également l'objet de l'attention des sociologues.
Si les tentatives de définition stricte de la science par la philosophie se sont soldées par un échec largement reconnu, les approches sociologiques n'ont pas permis non plus de dégager une conception bien nette de cet objet.
Merton respecte la distinction entre contexte de découverte et contexte de justification. Laissant le second à l'épistémologie, il ne porte son regard au premier, pour analyser les normes guidant les pratiques des scientifiques. Il cherche à analyser les structures sociales de la science.
Puis vint le temps de l'ouverture de la boîte noire. À la suite des travaux de Kuhn, les sociologues dénoncèrent cette distinction, et firent porter leurs investigations sur le processus de production des connaissances lui-même.
Dans les années 80 s'est développé un courant de la sociologie des sciences critiquant l'idée que les faits scientifiques avaient une existence en soi. On évoquera en particulier le constructivisme social.
On retrouve aussi le relativisme. La science apparaît alors comme une idéologie, qui justifie sa position dominante par des appels rhétoriques aux catégories de la vérité ou de la réalité.
Différentes tentatives d'élucidation de la nature de la science ont été faites. Mais si aucune n'a débouché sur une définition de critères universellement valables, mais toutes ont enrichi notre compréhension de la science.
Au cours des années 1990, l'approche a encore évolué pour souligner les diversités, la pluralité des sciences.
Les Sciences studies sont un courant récent regroupant des études interdisciplinaires des sciences, au croisement de la sociologie, de l'anthropologie, de la philosophie ou de l'économie.
On assiste au début du XXIe siècle à une certaine convergence des traditions. Les positions des sociologues et philosophes ont longtemps été opposées. Cette opposition commence cependant à s'estomper.
On s'oriente vers une épistémologie sociale. Mais Léna Soler (dans le Wagner, Les philosophes et la science p. 976-977), écrit qu'au contraire on assiste au retour d'une épistémologie anhistorique, en particulier le courant cognitiviste.
Au bout du compte, il existe plusieurs manières de comprendre la science — historique, philosophique, sociologique, économique, anthropologique, psychologique — qui entretiennent entre elles différentes sortes de rapport et se sont souvent ignorés. Elles commencent aujourd'hui à converger.
Aujourd'hui, quand bien même de nombreux auteurs continuent à défendre l'idée d'une unité sous-jacente de la science, plus personne ne nie cette pluralité et son importance.
Dans l'ordre : Mach, Poincaré, Duhem, Bachelard, Merton, Popper, Quine, Lakatos, Kuhn, Collins & Bloor, Latour & Callon. Et puis il y a aussi le débat internalisme/externalisme en histoire des sciences.
Trois étapes :
La science peut se manifester de mille façons. Et cette pluralité elle-même est plurielle : il existe plusieurs manières de différencier les sciences. La science, comme l'ont rappelés les paragraphes précédents, peut-être conçue comme un corpus de connaissances et de méthodes, mais aussi comme une institution, ou encore une idéologie. C'est donc à travers le prisme de cette pluralité que peuvent être abordées ces questions, en particulier celle de la méthode. Pour autant, cette incontournable pluralité n'est pas nécessairement irréductible, et nombre d'auteurs continuent d'affirmer l'unité sous jacente des sciences. Il y aurait encore un sens à parler de la science.
Léna Soler, dans son manuel d'introduction à l'épistémologie, distingue d'une part les sciences formelles des sciences empiriques, d'autre part les sciences de la nature des sciences humaines et sociales. Robert Nadeau explique de son côté qu'« on reconnaît généralement qu'on peut classer [les sciences] selon leurs objets […], selon leurs méthodes […], et selon leurs buts ». Selon leurs buts, on peut distinguer les sciences appliquées et les sciences fondamentales. Les différences de méthodes renvoient à la distinction entre sciences nomothétiques et sciences idiographiques, mais également entre sciences expérimentales, sciences d'observation et sciences spéculatives. Enfin, la distinction entre sciences empiriques (qui regroupe sciences naturelles, sciences sociales et sciences humaines) et sciences logico-formelles repose sur le classement selon l'objet.
Il ne faut pas se laisser abuser par ces grandes catégorisations qui peinent à rendre compte de réalités plus complexes. Une même science peut ainsi être pour partie expérimentale et pour partie observationnelle. Il faut également prendre garde de ne pas tomber dans l'excès inverse qui consisterait, face à la complexité du réel, à nier qu'il puisse y avoir de profondes différences entre les différentes formes de recherche scientifique.
Les sciences appliquées (qu'il ne faut pas confondre avec la technique en tant qu'application de connaissances empiriques) produisent des connaissances en sorte d'agir sur le monde, c'est à dire dans la perspective d'un objectif pratique, tandis que les sciences fondamentales visent prioritairement l'acquisition de connaissances nouvelles. On ne peut cependant classer a priori une discipline particulière dans un domaine ou dans un autre. Les mathématiques, la physique ou la biologie peuvent ainsi être aussi bien fondamentales qu'appliquées selon le contexte. Certaines disciplines restent cependant plus ancrées dans un domaine que dans un autre. La cosmologie est par exemple une science exclusivement fondamentale. L'astronomie est également une discipline qui relève dans une grande mesure de la science fondamentale. La médecine, la pédagogie ou l'ingénierie sont au contraire des sciences essentiellement appliquées mais pas exclusivement.
Sciences appliquées et sciences fondamentales ne sont pas cloisonnées. Les découvertes issues de la science fondamentale trouvent des fins utiles (ex. : le laser et son application au son numérique sur CD). De même, certains problèmes techniques mènent parfois à de nouvelles découvertes en science fondamentale. Ainsi, les laboratoires de recherche et les chercheurs peuvent faire parallèlement de la recherche appliquée et de la recherche fondamentale. Par ailleurs, la recherche en science fondamentale utilise les technologies issues de la science appliquée avec par exemple :
La science fondamentale ne doit pas être identifiée à une pure activité intellectuelle et spéculative. Elle exige parfois des moyens considérables.
De ce point de vue, Stokes distingue quatre types de pratiques scientifiques. À propos du quadrant vide de Stokes, l'auteur de Pasteur's quadrant explique qu'il aurait pu s'appeler le quadrant de Peterson, mais que cet exemple est trop limité (p. 75 de Pasteur's quadrant).
On entend souvent aujourd'hui que science fondamentale et science appliquée ne pourraient plus être distinguées. Outre qu'une telle idée est déjà ancienne, elle est très discutable.
Une première distinction de cet ordre peut être faite entre les sciences nomothétiques et les sciences idiographiques. Les premières cherchent à établir des lois générales pour des phénomènes susceptibles de se reproduire. On y retrouve bien évidemment la physique ou la biologie, mais également des sciences humaines ou sociales comme l'économie, la psychologie ou même la sociologie. Les secondes s'occupent au contraire du singulier, de l'unique, du non récurrent. Cette classe de sciences pose évidemment problème. Cependant, l'exemple de l'histoire montre qu'il n'est pas absurde de considérer que le singulier peut être justiciable d'une approche scientifique.
Une seconde distinction peut porter sur le recours ou non, à la démarche expérimentale. Les sciences expérimentales, comme la physique ou la biologie, reposent sur une démarche active du scientifique, qui construit et contrôle un dispositif expérimental reproduisant certains aspects des phénomènes naturels étudiés. Ces sciences emploient la méthode expérimentale. Les résultats des expériences ne sont pas toujours quantifiables (exemple : l'expérience de Konrad Lorenz avec les oies grises, en éthologie). Lorsqu'il n'est pas possible de contrôler un environnement expérimental, les scientifiques peuvent avoir recours à l'observation. Lorsqu'une discipline se forme autour de cette démarche, on parle alors de sciences d'observation. L'astronomie ou l'économie en sont des exemples classiques. Mais la frontière n'est jamais nette : il existe une économie expérimentale, et la physique des hautes énergies permet d'une certaine façon de tester expérimentalement certaines théories astronomiques. À ce diptyque expérimentation / observation, s'ajoute aujourd'hui la simulation informatique.
On peut enfin distinguer les sciences empiriques et les sciences logico-formelles.
Les premières portent sur le monde empiriquement accessible, et partent de notre expérience sensible de ce monde. Elles regroupent :
De leur côté, les sciences logico-formelles (ou sciences formelles) explorent déductivement, selon des règles de formation et de démonstration, des systèmes axiomatiques. Il s'agit par exemple des mathématiques ou de la logique (idem que pour sciences humaines, mais pour d'autres raisons : la question du statut de science des mathématiques est discutée, il faut le dire).
Cette typologie n'est pas unique ; voir l'article typologie épistémologique.
Les disciplines ne se distinguent pas seulement par leurs méthodes ou leurs objets, mais aussi par leurs institutions : revues, sociétés savantes, chaires d'enseignement, diplômes, etc.
Il ne faut cependant pas croire que les disciplines sont précisément définies et qu'elles se distinguent parfaitement les unes des autres. Leur périmètre est souvent flou, et peut varier selon les époques et les lieux.
De surcroît, les disciplines sont elles-mêmes structurées en sous-disciplines, qui à leur tour peuvent également être structurées. Et toutes ces structures disciplinaires peuvent se chevaucher.
Pendant longtemps, la science fut considérée comme une tradition essentiellement occidentale dont la vocation était universelle. La science n'avait pas de frontière. Depuis quelques années cependant, d'autres traditions historiques sont reconsidérées. De surcroît, quelques auteurs remettent en question l'universalité de la science et soulignent les spécificités régionales des pratiques scientifiques.
Sans verser dans le relativisme culturel, d'autres auteurs abordent la question de la pluralité des styles scientifiques.
L'idée d'une certaine idée de la science est récente ; elle remonte au début de notre modernité, avec l'apparition des académies. Cette d'une unité profonde des différentes formes de science a été particulièrement prégnante au XIXe siècle et est aujourd'hui très disputée.
Au delà de cette diversité, si les analyses présentées dans les sections précédentes n'offrent aucune réponse universellement satisfaisante à la question de la scientificité, la plupart des auteurs, y compris certains parmi les plus relativistes, s'accordent à reconnaître certaines spécificités aux différentes pratiques scientifiques :
Une pratique intellectuelle qui s'éloignerait trop de ces impératifs idéaux ne pourrait plus prétendre au statut de science.
La science ne s'est pas constituée historiquement contre les dogmes religieux. Les relations entre science et religion ont cependant été très conflictuelles en Europe jusqu'au XIXe siècle.
Il y a dans la démarche scientifique l'idée qu'il faut aller à la rencontre de la réalité, se frotter à quelque chose qui résiste.
Ce rapport au monde renvoie également à un certain rapport à la vérité.
Si personne ne défend plus l'idée d'une méthode scientifique unique et algorithmique, aucun auteur n'admet l'idée d'un complet relâchement méthodologique des sciences.
Cette méthode n'exclue pas l'imagination, le sens de l'esthétisme, le recours à l'analogie, etc.
André Pichot fait une distinction entre l'histoire des connaissances scientifiques et celle de la pensée scientifique. D'autres sont également possibles ; notamment celle des institutions scientifiques, celle des conceptions de la science ou celle des disciplines. Retracer l'histoire des sciences demande de tenir ensemble chacun de ces fils.
De nouvelles approches de la science et de son histoire soulignent également la pluralité des origines de la science, tant moderne qu'ancienne. Il s'agit alors soit de reconsidérer le caractère véritablement scientifique des traditions préhellénistiques (pour la naissance de la science), soit de réviser notre connaissance de la révolution scientifique qui vit apparaître la science.
Alors que la science n'était pas encore née, certaines des connaissances qui la constituent aujourd'hui étaient déjà bien formées. En astronomie ou en mathématiques, les hommes ont très tôt développé un savoir protoscientifique.
Il faut attendre la Grèce du Ve siècle av. J.-C. pour voir apparaître l'embryon d'une pensée scientifique. Cette opinion est notamment défendue par un auteur comme Geoffrey E. Lloyd, qui voit dans la Grèce le véritable berceau de la science (Lloyd 1990). Elle est aujourd'hui encore couramment admise. Ainsi, Platon est-il introduit comme l'inventeur de la science dans l'ouvrage de synthèse de Pierre Wagner (Gourinat 2002a, p. 69), tandis que l'on doit à Aristote la dimension démonstrative de la science (Gourinat 2002b, p. 581) ainsi qu'une première forme de méthode (Lecourt 2001). On la retrouve également et de manière explicite, chez Dominique Lecourt (Lecourt 2001, p. 6) ou encore chez André Pichot.
Une pensée scientifique finaliste au temps d'Aristote, puis première rupture avec le finalisme avec Galilée puis une seconde avec Darwin.
Au XVIIe siècle vient la révolution scientifique, ainsi que la mathématisation de la science.
Une pensée scientifique tournée vers les textes sacrée au temps de Thomas d'Aquin, puis vint Galilée.
Ce n'est encore que beaucoup plus tard que la science s'institutionnalise réellement. Au cours du XVIIe d'abord, cette institutionnalisation s'accélérant au XIXe et XXe siècle.
C'est à ce moment là que le mot science prend son sens actuel ; scientifique apparaît peu après.
La science s'est structurée en disciplines, qui chacune ont leur histoire. Joseph Ben David est l'un des grands auteurs ayant fait porter sa réflexion sur le mécanisme de formation des disciplines.
La science deviendrait ou serait aujourd'hui une « technoscience ».
De grandes transformations depuis les années 1970, en particulier en ce qui concerne la PI (Pestre).
Cette discipline a considérablement évoluée depuis la fin des années 1970.
L'histoire des sciences n'est pas réductible à la construction d'une chronologie des découvertes scientifiques. Les historiens visent à élucider les mécanismes de production de la connaissance scientifique.
Comme rappelé au début de cet article, la dynamique de la science n'est pas linéaire.
Ces logiques qui gouvernent les mécanismes de production de la connaissance sont de deux ordres : collectifs et individuels.
Bachelard et la notion d'obstacle épistémologique :
Les controverses sont à la fois un moteur et une fenêtre sur la dynamique de la science.
La science est fondamentalement une entité collective.
Polanyi, puis Kuhn, montrent que la science avance entre tradition et hétérodoxie.
Latour et Callon développe une conception renouvelée de la dynamique de la science, en soulignant la co-construction de la science et de la société.
À cette dynamique collective de la science s'ajoute les moteurs des pratiques scientifiques individuelles. Il s'agit là d'un sujet qui fut longtemps ignoré des épistémologues et des philosophes des sciences, au nom de la distinction entre contexte de découverte et contexte de justification. La découverte scientifique n'était justiciable que d'une analyse psychologique. Cette distinction s'estompe aujourd'hui, et les philosophes commencent à porter leur regard sur les pratiques concrètes des scientifiques.
Il s'agit de l'art de faire des découvertes heureuses par hasard.
La science n'est pas une démarche éthérée. Elle s'inscrit dans une réalité concrète, avec ses métiers, ses instruments, ses lieux, ses institutions. Elle est elle-même une institution.
L'idée d'une science pure, simple quête du savoir libéré de toute influence économique ou politique, honneur de l'esprit humain, est très moderne.
La science ne pourrait se développer sans la technique et la technologie qui l'accompagne. Cela va des techniques de souffleur de verre jusqu'aux dispositifs ultratechnologiques des détecteurs de particules.
Le terme de « chercheur » regroupe une réalité assez hétéroclite : il peut être étudiant (en stage, en thèse ou en stage post-doctoral), ingénieur, technicien ou bien sûr docteur, grade clef de la recherche académique.
Néanmoins ce métier ne se résume pas à la figure du chercheur. Un laboratoire de recherche constitué uniquement de chercheurs ne saurait exister tant est importante la place du « support ». Il faut des personnels pour entretenir les locaux, envoyer les commandes, gérer le courrier, mettre en œuvre les appareillages, superviser le parc informatique, nettoyer les locaux etc.
De ce point de vue là le laboratoire ne s'éloigne donc pas d'une entreprise classique : les fonctions supports sont aussi importantes que les fonctions métiers. Ces fonctions peuvent être remplies par des personnels de recherche ou non.
La science a ses lieux ; le laboratoire pour commencer.
La science n'est pas une pure abstraction. Elle est également une institution.
La science comme institution : la recherche scientifique. C'est classiquement la sociologie qui se préoccupe de cette face de la science.
L'ensemble des actions entreprises en vue d'améliorer et d'augmenter l'état des connaissances dans un domaine scientifique constitue la recherche scientifique. L'organisation et la prise en charge des activités de recherche constituent un enjeu important de compétitivité et de prestige pour toutes les nations.
La recherche scientifique est devenue depuis quelques décennies un enjeu majeur pour le développement économique. C'est dans cette perspective que furent développés des outils statistiques visant à mesurer la production scientifique d'une nation, d'une région, d'une institution ou d'un individu.
Cette institution science porte également des éléments idéologiques.
La scientométrique est un ensemble de techniques bibliométrique appliquées à la mesure des caractéristiques des systèmes scientifiques.
Si l'organisation de la science est dans une large mesure le fait des scientifiques eux-mêmes, elle peut également être orientée ou structurée par des décisions politiques. Il s'agit d'en instrumentaliser la puissance.
Cette puissance de la science peut se comprendre de deux manières : d'une part dans sa capacité à expliquer le monde et à changer nos représentations, d'autre part à le transformer.
La question de savoir si la science peut tout décrire est discutée.
Cette puissance, vers quoi peut ou doit-elle être dirigée ? La science peut être conçue comme une activité gratuite, uniquement dirigée vers la satisfaction intellectuelle des savants. Elle peut être vue comme la principale source de progrès, aussi bien matériel que moral. Elle peut enfin être conçu comme un moyen d'améliorer le confort par le développement de nouvelles techniques, ou enfin comme l'une des principaux moteurs de la croissance économique.
Dans une lettre du 2 juillet 1830 adressée à Legendre, C.G.J. Jacobi écrit : « M. Fourier avait l'opinion que le but principal des mathématiques était l'utilité publique et l'explication des phénomènes naturels ; mais un philosophe comme lui aurait dû savoir que le but unique de la science, c'est l'honneur de l'esprit humain, et que sous ce titre, une question de nombres vaut autant qu'une question du système du monde. » C'est la thèse de la science pure. Le débat est toujours d'actualité.
La science serait avant tout un moyen de faire le bonheur de l'humanité en étant le moteur du progrès matériel et moral. Cette thèse est distincte de celle de la science pure et pose le problème de l'autonomie de la science, en particulier dans son rapport au pouvoir politique.
Il peut s'agir alors de répondre aux demandes en matière de santé, mais également de sécurité. La science peut ainsi servir des objectifs militaires, ce qui n'est plus tout à fait la même chose que le service de l'humanité.
Aujourd'hui, la science est couramment associée à l'enrichissement collectif.
La science s'inscrit de deux manières dans les débats économiques :
Pendant longtemps, la science fut considérée par les économistes comme un stock de connaissance nourrissant la croissance économique.
La science est depuis longtemps, depuis Roger Bacon au moins, un enjeu économique. Depuis quelques décennies, la place de la science dans le système économique s'est considérablement accrue avec le développement de ses applications industrielles, et plus généralement de la technoscience.
Les universités sont au cœur de l'enseignement des connaissances scientifiques.
La compréhension de la science par le grand public est l'objet d'études à part entière. Des revues sont consacrées à ce sujet et en particulier Public Understanding of Science. Cette notion de Public Understanding of Science (expression consacrée en Grande Bretagne, science literacy aux États-Unis, culture scientifique en France).
Du modèle de l'instruction publique à la co-construction des savoirs (Callon et Lascoumes en particulier).
Double dimension : éthique des chercheurs, mais également enjeux éthiques propres aux développements scientifiques (bioéthique en particulier).
Philosophiquement, la notion moderne de la science est apparentée à l'immanentisme, qui est une forme de rationalisme agnostique développée par Kant et Spinoza. Cette origine philosophique de la science explique en grande partie les difficultés épistémologiques et éthiques contemporaines.
Cette question de l'autonomie de la science diffère d'un pays à l'autre. En France, cette autonomie est généralement confondue avec l'idée que la science doit être détachée des intérêts mercantiles. Dans les pays anglo-saxons, l'enjeu est plutôt son indépendance à l'endroit du pouvoir politique.
Un des principaux arguments en faveur de l'autonomie de la science est sa sérendipité, et l'on retrouve souvent l'exemple fameux de « l'électricité [qui] n'a pas été inventée en cherchant à perfectionner les bougies ».
« Il convient [d'] opposer [à l'utilitarisme] une autre conception de la science, conception traditionnelle chez nous, mais qu'il faut remettre en valeur avant qu'il ne soit trop tard. Pour nous, la science est l'effort méthodique entrepris par l'homme pour connaître le monde. Elle n'a d'autre objet, d'autre but que de savoir. L'homme est entouré de mystères : la science lui offre le moyen de les percer tous les jours davantage. C'est là son rôle fondamental et, par cela seul, bienfaisant. En d'autres termes, selon le mot profond de Jacobi, la science est faite pour l'honneur de l'esprit humain. »
Les mondes scientifiques et culturels peuvent entretenir aujourd'hui des relations difficiles. Cela n'a cependant pas toujours été le cas, et l'on peut encore observer des relations étroites entre ces deux mondes. La science peut bien sûr être mobilisée pour développer ou améliorer les techniques artistiques. Mais son rôle ne se limite pas à cela. Elle peut également être source d'inspiration, et même être constitutive d'un champ artistique.
Exemples de formes contemporaines de scientisme : Weinberg, Dawkins, Hawkins, etc.
La science est l'objet de critiques qui visent non seulement ses conséquences, mais également ses principes mêmes. Nous commencerons par présenter ces dernières.
Cette forme de critique de la science vise avant tout son matérialisme.
Pendant la Première Guerre Mondiale, la Grande Guerre, les sciences ont été utilisées par l'état afin de développer les armes de guerre ou créer de nouvelles armes chimiques.
Ces critiques émanent en particulier des cultural studies, qui visent à dévoiler les soubassements idéologiques de la science. Elle ne serait que l'instrument de domination des mâles occidentaux.
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